Animadoc – PACA se met au documentaire d’animation

Posted on 20 juin 2014 par

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Nouveau coup de projecteur autour de l’animation sur Le Blog documentaire… et cette fois-ci, nous ne nous arrêtons pas sur des oeuvres terminées, et diffusées, mais sur un appel à projets lancé – une fois n’est pas coutume – dans le Sud de la France. Avis donc aux créateurs, professionnels du documentaire ou de l’animation, qui ont quelques velléités dans le domaine…

animadoc-1Tous ceux qui déplorent l’extrême centralisation parisienne des initiatives innovantes dans le domaine de l’audiovisuel vont pouvoir souffler. Car c’est dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qu’un dispositif original et en prise avec le marché actuel du documentaire a vu le jour sous l’impulsion de PRIMI, Pôle Transmédia Méditerranée et « cluster » d’entreprises de la région chargé de favoriser les liens et de développer les collaborations entre ses entreprises membres.

Animadoc se présente sous la forme d’un appel à projets lancé auprès des réalisateurs intéressés par l’utilisation de techniques d’animation dans leur démarche documentaire. Si le mariage entre ces deux pratiques artistiques n’est pas vraiment nouveau, son engouement croissant montre que l’initiative tombe à point nommé. L’animation apparaît en effet de plus en plus comme une ressource à part entière dans le récit du réel ; soit parce qu’elle permet de montrer ce qui n’est pas filmable (le passé, les anciennes zones de conflit, etc.), soit parce qu’elle est le medium qui transmet une forme de poésie et d’onirisme, parfois difficile à atteindre avec la simple captation du réel (voir par exemple Conversation animée avec Noam Chomsky, le dernier film de Michel Gondry). Le réel dessiné entre ainsi en résonnance avec le réel filmé, le plus souvent en lui empruntant ses codes narratifs. Si bien que cette vogue finit parfois par devenir une solution de facilité pour pallier une recherche documentaire défaillante et lui substituer l’art de l’animateur, créateur démiurge capable de tout représenter en restant devant son écran.

Ce bémol du systématisme mis à part, c’est bien à une préoccupation très actuelle que le concours mis en place par le PRIMI se fait l’écho. Depuis Ari Folman et son fameux Valse avec Bachir en 2008, l’animation est sortie d’une forme de niche dans laquelle on la cantonnait, du moins dans le documentaire. Et ce n’est pas un hasard si le PRIMI s’associe justement avec des partenaires israéliens pour monter Animadoc. L’alliance entre PACA et Israël existait d’ailleurs déjà par l’intermédiaire d’un partenariat de plusieurs années avec CoPro, The Documentary Market Foundation, à Tel Aviv, comme l’indique Stéphanie Rondard, en charge de l’opération chez PRIMI. En octobre dernier, des premières rencontres ont lieu à Marseille avec des professionnels du transmédia des deux pays. L’événement, quoique modeste, convainc, si bien que CoPro propose à PRIMI de collaborer à nouveau et soumet un projet d’atelier dédié au documentaire d’animation avec le soutien, d’une part, de la région PACA qui décide de réitérer et d’amplifier l’initiative et, d’autre part, d’EuroMéditerranée et du Consulat d’Israël à Marseille. Le créneau retenu, décembre 2014, correspond à une volonté d’inscrire le rendez-vous dans la durée, à une période de l’année où, comme le précise Stéphanie Rondard, l’activité est plutôt ralentie en région PACA.

Pendant six jours donc, du 2 au 7 décembre prochains, l’animation va prendre ses quartiers à Marseille et Aix-en-Provence. Une série de rencontres à destination des professionnels mais aussi du grand public sera ainsi proposée. Un concours ouvert aux candidatures jusqu’au 23 juillet débouchera sur la sélection de 8 projets français et 8 projets israéliens. Les 16 réalisateurs se retrouveront ensuite pour un workshop qui constitue la part majeure de l’événement. Au programme : des conseils, du script au storyboard, distillés par des professionnels du secteur, le tout proposé gratuitement (si l’on excepte des « frais de bouche » de 120 euros, qui couvrent les frais pendant l’atelier). Et la possibilité, encore non confirmée mais ardemment espérée, de croiser justement Ari Folman, invité de l’événement…

Derrière l’organisation de ce rendez-vous, et aux côtés de Stéphanie Rondard, un homme : Nicolas Lim. Ce post-producteur de profession, fraîchement installé à Marseille, a ouvert son carnet d’adresses et mis ses compétences au service de PRIMI pour bâtir le programme en partenariat avec CoPro et choisir les meilleurs intervenants. Rien d’étonnant dans cet investissement puisque son engagement dans l’animation ne date pas d’hier : il a en effet crée l’événement Motion Plus l’an dernier, en partenariat avec les festival Tous Courts, qui se donne pour but de montrer le meilleur de la création en ce domaine. La deuxième édition aura justement lieu en marge de l’événement proposé par Animadoc, avec l’ambition de créer une dynamique à laquelle peuvent s’associer tous professionnels (marseillais, mais pas seulement…).

Mais la dimension régionale de l’opération est à souligner : Marseille, comme d’autres grandes villes de province, compte, aux côtés des professionnels installés de longue date, nombre d’anciens Parisiens désireux de rendre attractif le tissu économique de leur ville d’adoption. Trop rares encore sont les dispositifs pérennes qui permettent de déporter le centre de gravité de la création au-delà de Paris. Pictanovo, dans la région Nord Pas-de-Calais, est certainement l’un des exemples les plus aboutis d’un investissement de long terme au niveau régional, permettant de faire émerger un écosystème relativement indépendant de Paris. Les projets aidés par cette structure se multiplient, et sont d’une ampleur conséquente, comme en témoigne par exemple Génération 14, en ligne dans les prochains jours, et dont nous vous parlerons ici très vite.

A Marseille, si PRIMI n’a pas encore atteint cette amplitude, un dispositif comme Animadoc peut sans nul doute contribuer à positionner de nouveaux acteurs « décentralisés » sur des secteurs porteurs.

Nicolas Bole