Grande Guerre interactive #3 : « 14/18, à travers les arts »

Posted on 13 juin 2014 par

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L’événement était attendu par de nombreux producteurs – et par Le Blog documentaire… Le centenaire de la Grande Guerre coïncide avec l’arrivée à maturité, parmi les acteurs de l’audiovisuel, d’auteurs et de créatifs capables de développer des propositions interactives qui vont plus loin que le webdoc hérité du CD-ROM. Résultat : l’année 2014 sur le web sera parsemée de webdocumentaires, sites ou applications participatives, que les principaux diffuseurs ont tous savamment pensés et orchestrés. Troisième étape avec la jeune société Talweg qui réalise un webdocumentaire sur les arts et la Première Guerre mondiale pour France TV Education et TV5 Monde, mis en ligne début juin.

1418-talwegAux commandes de Talweg production, Vincent Gazaigne, fondateur de la structure avec Mickaël Prazan en avril 2012, étrenne ses galons de producteur de webdocumentaire avec 14-18, la Grande Guerre à travers les arts. En marge de trois documentaires linéaires, le programme interactif a été développé avec France Télévisions Education, et continuera ensuite sa vie sur le site de TV5 au titre de la seconde diffusion.

Vincent Gazaigne explique ainsi la genèse du projet : « France Télévisions Education a proposé une lecture de la Grande Guerre par les arts. Cela nous a paru pertinent : l’angle retenu peut intéresser un large public, notamment parce que nous ne nous intéressons pas qu’à l’art « majeur » (la peinture, la littérature…), mais aussi à l’art « populaire » (les cartes postales, les affiches…) qui a essaimé tout au long de la guerre, parfois d’ailleurs à des fins de propagande ».

Il est vrai que la Grande Guerre a toujours été un enjeu de taille pour les artistes : les combattants confrontés au traumatisme ont eu à se poser la question de la façon de représenter l’impensable. La masse historiographique héritée de cette période permet donc de dessiner les contours d’un récit thématique en cinq étapes (l’autre et l’ennemi, la désobéissance et la révolte, les femmes et les enfants, la blessure, la guerre des tranchées). Ces histoires, au cours desquelles on retrouve bien sûr les soldats les plus célèbres de la Grande Guerre (Apollinaire, Cendrars…) sont elles-mêmes décomposées en modules (entretiens, documents iconographiques, objets reconstitués en 3D, etc.).

home-arts-guerreVincent Gazaigne entend « favoriser l’immersion » par ces récits. L’interface propose de guider l’internaute dans ses choix par la voix d’un comédien ou d’un intervenant ; celle-ci simplifie l’expérience pour l’utilisateur modérément curieux. Pour celui qui souhaite approfondir davantage sa connaissance du sujet, il peut consulter des « éclairages » consignés dans une base de données, de manière à « raconter les résonances de la guerre, bien après 1918 ».

Ainsi constitué, le webdocumentaire se veut un « outil pédagogique », dont le partenariat avec France Télévisions Education renforce la portée. Ce département de la chaîne publique a d’ailleurs apporté 5.000 euros en développement, puis 20.000 pour la production du programme. Le CNC, lui, a doublement aidé Talweg, avec une enveloppe de 15.000 euros lors du développement et de 55.000 euros pour la production. Au titre de deuxième diffuseur, TV5 Monde a déboursé 5.000 euros et le ministère de la Défense a complété le financement global du projet. Dernièrement, la mission Centenaire a décerné un « label » au webdocumentaire qui lui confère une légitimité au regard des nombreuses institutions qui vont se saisir de la thématique 14/18 pendant les 4 ans qui viennent.

Sur l’ensemble du budget, un « bon tiers » a servi au paiement des droits sur les archives ; le reste a permis de rémunérer les auteurs (Adrien Minard, professeur, historien et auteur du projet avec Pierre-Henri Gibert, documentariste) et d’employer deux personnes au sein de Talweg pour mener à bien un travail initié fin 2012 (dont Simon Maisonobe qui a fait office d’assistant réalisateur autant que d’assistant de production). Le développement web et le graphisme ont été confiés à l’agence Cellules qui est entrée dans le projet après la phase de développement. Cette société s’est déjà distinguée dans l’univers du webdocumentaire en réalisant La machine à expulser et a apporté, selon Vincent Gazaigne, « une compétence décisive sur la façon de traiter le sujet de manière non-linéaire et interactive ».

Malgré le budget, le producteur affirme que son travail était financièrement « hors de toute rationalité économique » et qu’il « a travaillé bénévolement, voire a perdu de l’argent ». On voit par là que l’attrait de la forme interactive pour raconter autrement des histoires est suffisamment puissant pour que de nouveaux producteurs se lancent dans l’aventure. Souhaitons dès lors que la rude concurrence entre les projets portant sur la Grande Guerre laisse de l’espace médiatique à 14-18, la Grande Guerre à travers les arts.

Nicolas Bole
@Nicolasbole

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