Portrait : « Kids Up Hill » (E. Lamothe et M. Détaint)

Posted on 29 novembre 2013 par

6


Nouveau portrait de producteurs sur Le Blog documentaireAprès Hans Lucas, Agat Films / Ex Nihilo ou encore Small Bang, place ici à Kids Up Hill, fondé par Eléonore Lamothe et Mathieu Détaint. Une jeune société très active dans le domaine des programmes interactifs. A leur actif déjà : « Gol ! Ukraine« , « The Brussels Business Online » ou encore « Souvenons-nous du Joola« . A venir : « Sur les traces de Corto Maltese » ou « Planète Corps », notamment. Portrait signé Nicolas Bole.

logo kids up hill

Eleonore Lamothe CV 2009 Ils sont deux, ils sont jeunes et, malgré cela, comptent déjà dans le paysage de la production d’œuvres interactives. Chamboulée par l’émergence des nouvelles narrations, l’économie protéiforme de l’audiovisuel a besoin de références nouvelles, et de pratiques innovantes. Eléonore Lamothe et Mathieu Détaint comptent parmi ceux qui expérimentent en même temps qu’ils aident ce secteur mouvant à s’installer dans la durée. Leur société, Kids Up Hill, s’installe peu à peu comme l’une des balises importantes de ce nouvel espace de création. Lamothe, Détaint, Kids Up Hill : des noms que l’on retrouve, qui dans les résultats de commissions du CNC, qui intervenants dans des formations, qui au détour d’une conférence sur les nouveaux médias. C’est d’ailleurs au cours de l’une d’entre elles (celle qui s’était tenue à la SCAM, à l’initiative de l’Association FreeLens) que Mathieu Détaint avait présenté Pointer pointer, un projet déconcertant par sa puissance addictive en même temps que par son caractère anecdotique, mais qui présentait une narration purement et exclusivement possible sur le web. À l’heure de la rentrée des classes, septembre 2013 dans un bar de Clichy à Paris, ce sont donc moins de webdocs que d’expériences interactives au sens large dont nous parlons, tant le spectre de leurs interventions s’est élargi, au même titre que la nature des projets développés par France Télévisions ou Arte.

Les mathieu2deux diffuseurs, principaux financeurs de ces « nouvelles écritures » en France, sont dans le viseur de l’ensemble des producteurs portant tous des projets aussi ambitieux et singuliers les uns que les autres. Seulement voilà : même en diffusant entre trente et quarante projets annuels, du plus modeste au plus charnu, le département de Boris Razon comme celui de Gilles Freissinier doit nécessairement éconduire nombre d’acteurs. Alors les structures qui peuvent se targuer de développer simultanément un projet pour chacune de ces deux chaînes ne sont pas nombreuses et ressemblent à des passagers de première classe dans ce train des porteurs de projets qui en compte facilement plusieurs, de classes. Kids Up Hill fait donc partie du haut du panier. Avec pour volonté de développer des projets toujours plus ambitieux.

Celui autour de la figure, romantique s’il en est, de Corto Maltese entre pleinement dans la case des expérimentations narratives et techniques qui nécessitent l’accompagnement d’un diffuseur pleinement impliqué. France Télévisions, en l’occurrence, se porte aux avant-postes sur cette fiction au budget encore secret mais qui semble à la hauteur du défi : donner vie à une aventure dans laquelle l’internaute « se laisse porter » dans l’univers du personnage d’Hugo Pratt à Venise, dixit Mathieu Détaint. Décors en 3D, vidéos, photos et un solide concept narratif développé en partenariat avec Lexis Numérique : Kids Up Hill a mis les petits plats dans les grands pour faire de cette fiction en cinq chapitres, dont le titre de travail est Sur les traces de Corto Maltese, un événement.

"Sur les traces de Corto Maltese" - © Kids Up Hill

« Sur les traces de Corto Maltese » – © Kids Up Hill

Chez Lexis, où l’on connaît le directeur Eric Viennot, le papa de la « fiction totale » Alt-Minds, ce ne sont pas moins de neuf personnes (mais pas à temps plein) qui sont mobilisées sur la réalisation de l’œuvre, dont le directeur artistique Jérôme Pelissier, mais aussi un game designer et deux développeurs. Et à cette équipe, il faut ajouter huit autres personnes du côté de Kids Up Hill, dont deux scénaristes, deux photographes et un motion designer. Car l’aventure est développée avec le logiciel de 3D en temps réel Unity, utilisé dans l’univers des jeux vidéo.

Les aventures de Corto Maltese, version numérique, seront accessibles sur tablettes et en webapp dans les navigateurs avec le plugin Unity. Kids Up Hill a également sollicité et obtenu une aide du CNL, le Centre National du Livre ; Casterman, l’éditeur historique des albums de Corto Maltese, étant de la partie. Essuyage de plâtres conséquent donc, pour une production XXL et une organisation radicalement différente du documentaire ou de la fiction dite « classique ». Ici, « il n’y a pas vraiment de réalisateur », note Mathieu Détaint, puisque chacun apporte sa pierre à l’édifice – du scénariste au graphiste en passant par le développeur. Mathieu Détaint cite Pierre Cattan pour définir la place de Kids Up Hill dans la conception générale, et parle volontiers de showrunner, anglicisme difficilement traduisible mais qui désigne une sorte d’organisateur en chef des compétences diverses nécessaires à la réalisation d’un projet de ce type. Sur les traces de Corto Maltese est en tout cas prévu pour débarquer sur les écrans au moment du festival de la bande-dessinée d’Angoulême, en janvier 2014.

CORTO-ArsenalWORKdabase

« Sur les traces de Corto Maltese » – © Kids Up Hill

Les ex-Inflammables Productions transformés en Kids Up Hill fin 2011 sont aussi à l’origine du versant interactif de Planète Corps, un projet transmedia pour Arte. Le documentaire antenne sera produit par la société lyonnaise Mona Lisa Productions. Point d’approche didactique, mais plutôt du ludique, pour découvrir ce que notre enveloppe charnelle recèle de secrets, notamment les bactéries qui la peuplent par milliards. Ce « safari à l’intérieur de notre corps », avec aux manettes du documentaire Pierre-François Gaudry (également co-auteur de l’expérience interactive avec Mathieu Détaint), en est au stade du développement et a déjà obtenu 10.000 euros du CNC en juin dernier au titre de l’aide aux nouveaux médias.

Têtes chercheuses qui ne se cantonnent pas au strict monde de l’audiovisuel, Eléonore Lamothe et Mathieu Détaint se sont aussi lancés dans le projet d’une vidéaste issue de l’école du Fresnoy, Camille Ducellier, dont le projet, Les Cavalières de l’apocalypse, promet de questionner la figure politique de la sorcière… Ambition suivie par le DiCREAM, le dispositif d’aide pour la création artistique multimédia du CNC, et Pictanovo, le très bien doté fonds de soutien aux productions audiovisuelle et/ou interactive du Nord-Pas-de-Calais.

Lancés à 100 à l’heure donc, les deux de Kids Up Hill, qui viennent de recruter une jeune chargée de production, doivent néanmoins composer pour maîtriser l’équilibre budgétaire de ce qui reste une start-up au site Internet limité à une page d’accueil et qui utilise Vimeo pour diffuser les teasers de ses projets. Si, selon Mathieu Détaint, « il est plus facile de financer le démarrage d’un projet » avec les différents guichets de développement existants, l’équation reste cependant différente pour chaque production. « Il reste très souvent à financer 30 % des projets avec l’activité de la structure », précise-t-il. Production institutionnelle ou valorisation du catalogue des œuvres déjà produites figurent parmi les options. Autant d’occasions supplémentaires d’entendre parler d’eux, dans la sphère toujours plus large qui se créé à la frontière de l’audiovisuel, du développement web, du jeu vidéo ou de l’art graphique et visuel.

Nicolas Bole
@nicolasbole