Marie Drucker : son premier documentaire aux Etats-Unis

Posted on 5 novembre 2012 par

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Comment une journaliste, par ailleurs présentatrice du JT, devient documentariste ? Telle est l’une des questions que Le Blog documentaire est allé poser à Marie Drucker, qui signe son premier documentaire avec « De la Nouvelle Orléans à Washington, plongée au cœur de l’Amérique profonde ».

Le film, produit par Keep Shooting et réalisé par Marie Drucker, Grégoire Deniau et Stéphane Dubun, a initialement été diffusé en deux épisodes sur France Ô. Il est programmé en version longue ce lundi 5 novembre sur France 2. Rencontre franche et décontractée avec une jeune réalisatrice très heureuse de pouvoir enfin parler très concrètement de la forme de son film…

Le Blog documentaire : Qui a conçu et imaginé ce projet ? Et pourquoi a t-il vu le jour sur France Ô ? 

Marie Drucker : Cela faisait deux ou trois ans que j’avais envie de tourner à nouveau. J’ai discuté de cette perspective avec Béatrice Nivois, qui dirige les documentaires et les magazines sur France Ô, et elle m’a dit que, au prétexte que je travaillais sur France 2, je ne ferai jamais de film pour France Ô. Je lui ai alors répondu : « Mais pourquoi non ? », et nous sommes ensuite très rapidement tombées d’accord. Elle acceptait de diffuser un « documentaire incarné » de 2×52 minutes.

On a ensuite cherché un sujet, puis discuté du projet. Je suis moi-même très imprégnée de culture américaine, et sachant que France Ô avait acheté les deux séries de HBO Treme et The Wire, je me suis dit que la chaîne serait forcément intéressée par quelque chose sur les communautés afro-américaines. J’ai ensuite écrit le synopsis, décrit les personnages, etc. pour déposer le dossier au CNC.

Le projet a donc été écrit à Paris, sans repérage sur place ?

Nous n’avions ni le temps ni les moyens de partir en repérage. D’ailleurs, de nombreuses séquences que nous voulions obtenir à toute force n’ont été possibles qu’une fois sur le terrain. Depuis Paris, c’était portes closes et fins de non recevoir. Ce n’est que sur place que nous avons pu partir en opération avec la police de Baltimore par exemple, ou entrer dans la prison de Washington.

Le film, initialement diffusé sur France Ô, l’est aussi sur France 2… Une belle exposition !

C’est audacieux et courageux pour France 2 de diffuser un tel film à 22h55, à la veille de l’élection, d’autant plus que le sujet est « lourd ». On parle de précarité, de misère, de populations qui souffrent. Il n’y a que le service public qui peut nous donner de telles opportunités.

A France Ô, j’ai particulièrement apprécié la liberté de travail que nous avons eue. La chaîne n’a franchement pas été interventionniste, et tout s’est fait très rapidement. On a pu filmer ce que l’on voulait, monter ce que l’on voulait. Les responsables de France Ô sont venus deux ou trois fois en visionnage, et c’est normal. Leurs remarques, sur des choses très précises, étaient toujours judicieuses. C’était très facile et très agréable de travailler avec eux, d’autant qu’ils ont une vraie culture du documentaire, de l’immersion, du grand reportage, de l’international. C’était très intéressant en ce sens.

Dans le dossier de presse, vous dites que le parcours du voyage s’est inspiré des villes des deux séries . Est-ce à dire que ce sont maintenant les séries américaines qui dictent les scénarios des films documentaires ?!

Nous avons discuté avec la chaîne qui tenait à cette forme « incarnée » et au « road-movie » – un terme que je n’aime pas trop d’ailleurs. Il s’agissait de construire un voyage assez subjectif, et inévitablement un peu arbitraire. Je voulais réaliser des photographies des communautés afro-américaines à ce moment précis, et charnière, où une alternance politique est possible.

Treme et The Wire sont sans doute aujourd’hui deux des meilleures séries télévisées au monde. Les références du film à ces programmes étaient incontournables, mais il n’y avait aucune intention de ma part de copier quoi que ce soi : c’était un clin d’œil, comme point de départ, qui constitue aussi une continuité d’antenne pour France Ô dans le cadre de l’élection américaine. Une semaine spéciale est consacrée aux Etats-Unis, avec notamment la cinquième saison de The Wire.

C’est d’autant plus un prétexte que le film s’est finalement écrit pendant le tournage ?

Oui et non. Comme vous le savez, il faut écrire une note de 20 pages très argumentées pour le CNC (en justifiant les choix de personnages, de lieux, etc.). C’était donc très écrit, et nous avons préparé tout ce que nous pouvions préparer depuis Paris. Nous avons donc tourné beaucoup de scènes initialement prévues, et certaines d’entre elles n’ont pas été intégrées au montage final. D’autres séquences se sont déclenchées sur place, les rencontres provoquant d’autres rencontres…

Aussi, si je n’étais pas forcément favorable à l’incarnation au départ, toutes les scènes incarnées n’ont été ni préparées ni écrites – et j’y tenais particulièrement. Toutes les séquences dans la voiture n’étaient pas préméditées, et elles ont été tournées dans les conditions du direct. Chacune de ces séquences n’a fait l’objet que d’une seule et unique prise.

C’est donc la chaîne qui a imposé votre présence à l’image ?

C’est effectivement une case de « documentaire incarné ».

Marie Drucker et Grégoire Deniau – © Stéphane Dubun

Qu’en est-il de la voix off ? Est-elle présente dès l’écriture du projet ?

C’est amusant parce que le CNC nous a demandé si c’était bien moi qui allait poser ma voix sur le commentaire. N’importe quel réalisateur de documentaire pose sa propre voix sur le commentaire, alors pourquoi n’aurais-je pas pu le faire ?

Certains réalisateurs ont parfois recours à des acteurs…

Je n’y suis pas très favorable, à moins que le réalisateur ait une voix totalement rédhibitoire. Souvent, je trouve que c’est très difficile pour un comédien de transcrire les intentions profondes du réalisateur. Ceci dit, le contre-exemple parfait, c’est Apocalypse. Matthieu Kassovitz a la voix, le ton et l’intention idéale pour commenter les images.

Quand est décidée la présence même de cette voix off ?

J’espérais mettre le moins de commentaires possible mais, au premier visionnage, France Ô m’a dit, je cite : « Il faut davantage prendre le téléspectateur par la main ». J’ai entendu leurs arguments – et leurs remarques étaient très souvent justes et justifiées. Nous devions expliquer où nous nous situions, où nous allions. Ça me paraissait pourtant évident tant j’étais immergée dans mon film. J’avais fait le service minimum, mais ils ont voulu que je rajoute des précisions par endroits.

Si le début du film est très classique (plans surplombant la ville, commentaire contextualisant, etc…), c’est aussi une volonté de la chaîne ?

Non. Ces plans sont nécessaires, de mon point de vue. Je pense qu’il faut partir d’une échelle large pour aller vers l’infiniment petit. On ne peut pas débarquer tout à coup dans le jardin de quelqu’un qui a perdu sa maison sans voir où la scène se situe à peu près. La première chose que je fais quand on me parle d’un endroit, c’est de le situer sur une carte ! J’assume donc complètement le début du film – et le reste…

Ne pas commencer par ces images aériennes, et rentrer directement dans le vif du sujet avec moi n’était pas envisageable non plus. Il était hors de question que la première image d’un film de 110 minutes soit la mienne. Je n’y ai même pas pensé et il est probable que je l’aurais refusé si on me l’avait demandé.

On aurait bien sûr pu mettre les images aériennes ailleurs, ou pas du tout, et le film aurait été autre. Par définition, un documentaire est le regard totalement subjectif d’un réalisateur sur son sujet, et j’assume le mien. On est là au cœur de la différence entre un documentaire et un reportage. Quand on fabrique un « sujet » sur une actualité dite « chaude », il n’y a pas, au fond, 40 possibilités de monter ce reportage. Un documentaire, ça n’a rien à voir. D’ailleurs, pour la deuxième partie du film, entre Baltimore et Washington, nous avons énormément joué avec les différentes séquences avant de parvenir à la version finale. Finalement, il y a un million de façons de monter le film.

Une dernière chose sur cette voixoff : comment la présentatrice du JT a trouvé le « ton » de son documentaire ?

Je ne l’ai pas cherché ! Je ne sais pas si c’est bien ou pas, si c’est agaçant ou captivant, mais c’est venu très naturellement.

Donnie Andrews – © Stéphane Dubun

Il y a beaucoup de plans de coupe au début du film, qui se raréfient quand on progresse dans la narration. On a un peu l’impression que le film cherche et trouve sa forme à mesure qu’on avance…

Le rythme d’un documentaire est très différent de celui d’un reportage. Il ne faut pas, justement, avoir l’obsession des plans trop courts ou vouloir insuffler du rythme à chaque seconde. Il faut laisser certaines séquences s’installer, mais ce n’est pas parce qu’on travaille sur 110 minutes qu’on doit s’autoriser trop de longueurs. Les plans de coupe que vous évoquez correspondent surtout à des nécessités techniques.

Parlons de la musique. Comment a t-elle été choisie, et comment avez-vous apprécié sa place au montage ?

La musique est un élément de réalisation à part entière. Je ne suis pas favorable à en mettre le plus possible, partout, à chaque instant. Parfois, la musique est utilisée à mauvais escient, par exemple pour rattraper un montage un peu faible… Je voulais au contraire qu’elle ait vraiment un sens. On aurait pu prendre tout le répertoire de Randy Newman par exemple. Pour Baltimore, on aurait pu utiliser « State Trooper« , de Bruce Springsteen. Mais ça ne fonctionne pas de cette manière. On a quand même pris John Lee Hooker… et en terme de rythme, j’ai l’impression que ça fonctionne.

J’ajouterais que les deux parties du film telles qu’elles ont été diffusées par France Ô correspondent à deux périodes très différentes dans ce qu’on a pu ressentir, voir et filmer. Ça se voit forcément dans le résultat final. Nous n’avons finalement pas travaillé de la même façon au Nord et au Sud. Nous avons davantage construit les séquences à Baltimore, par exemple avec la police. A la Nouvelle Orléans, nous avons été en contact avec moins de personnes, et la caméra tournait moins.

Le résultat final est très imparfait, et c’est tant mieux ! Je n’ai pas la recette du film parfait mais, quand je revois sur ce que nous avons réalisé, je ne rougis pas. Je pense vraiment que ça ressemble à ce que nous avons vu, aux conditions de tournage très légères et au peu de temps que nous avions sur place (3 semaines).

Comment s’est déroulé le tournage, justement ? Qui filme ? Qui décide sur le terrain ?

Nous n’avions qu’une seule caméra, une petite HDV, tenue par Grégoire Deniau. Et tout s’est déroulé très naturellement, sans trop se poser de questions. De temps en temps, c’est moi qui étais à l’initiative ; à d’autres moments, c’est lui qui avait repéré quelque chose d’intéressant. Le tournage était aussi très préparé : je connaissais très bien l’histoire des lieux et des populations.

Au moment où nous avons commencé à tourner, la règle était : « pas de papier, pas de stylo ! ». Je ne voulais pas arriver chez les personnes filmées en leur disant : « je peux m’asseoir ici, on va mettre le pied de la caméra là, etc ». Je suis simplement partie avec ma curiosité de journaliste et de femme. J’ai posé les questions qui me venaient, très spontanément, mais nous connaissions tous très bien notre sujet.

Avec Bérénice King – © Stéphane Dubun

On sent, à certains moments, une grande liberté au tournage. Par exemple, quand vous rencontrez la fille de Martin Luther King au fond d’un plan, nous sommes confrontés à une autre scène au premier plan. Ça nous dit aussi que ce n’est pas forcément un film sur Marie Drucker qui se promène aux États-Unis…

Je ne voulais surtout pas que cela ressemble à ça. Ou alors, nous aurions fait autrement. Je me serais peut-être incrustée dans un projet écrit et pensé par d’autres. Mais il n’en était pas question.

Je ne voulais surtout pas que ce soit les pérégrinations de Marie Drucker qui a quitté le plateau du JT pour aller à la découverte d’un univers exotique. Une telle démarche ne m’aurait d’ailleurs pas ressemblé. J’en profite pour dire qu’il y a une exclusivité mondiale dans le film, que nous n’avons pas soulignée dans le commentaire ! Nous avons pu tourner dans la maison de Martin Luther King, alors que c’est théoriquement interdit. Le vigile a dû croire que nous avions une autorisation spéciale car nous étions accompagnés par la fille de Martin Luther King. Nous avons joué de chance, et nous avons pu filmer cette visite guidée.

Combien de temps a duré le montage, et comment s’est-il déroulé ?

J’ai travaillé au montage avec un réalisateur-monteur exceptionnel, Eric Beurot, et ça s’est passé comme dans un rêve. Nous avons travaillé six semaines au total, et le mixage a été très long à cause du doublage que je voulais absolument crédible. (J’aurais bien évidemment préféré que l’on conserve la version originale). J’ai eu la chance que mes camarades de radio à RTL prêtent leurs voix. Ce sont des gens qui en ont l’habitude, et qui connaissent ce travail. On y a passé des jours et des nuits mais, au final, on m’a dit que le doublage était très réussi.

Cette étape était très importante à mes yeux. Quand je regarde un documentaire, une voix mal doublée heurte ma lecture d’un film. J’ajoute que la tâche était d’autant plus compliquée que les voix et les accents des personnages sont très marqués. Il fallait que ça sonne juste, d’où mon attention particulière au mixage.

Il y a une sensation étrange à Baltimore quand vous filmez les toxicomanes : les filmés ne savent pas qu’ils le sont…

Oui, Grégoire est de l’autre côté de la rue, mais ce n’est pas de la caméra cachée. Quand l’un des toxicomanes voit la caméra, nous devons arrêter de tourner. C’est une caméra distanciée. A aucun moment, Grégoire ne se cache. Il est simplement de l’autre côté du trottoir. Par exemple, le toxicomane avec lequel je discute sur les marches de la maison n’aurait pas parlé de la même façon avec une caméra sous le nez.

Trudy – © Stéphane Dubun

D’une manière générale, c’est un film sur les communautés noires aux Etats-Unis, mais c’est aussi un documentaire sur vos interactions avec les personnes rencontrées. C’est aussi presque du direct…

Je n’y avais pas pensé. Cela dit, il est certain que c’est un tournage « sur le vif ». Aucune des séquences n’a été répétée ou refaite. Quand un homme sort en voiture de chez lui, j’y vais et j’amorce la conversation. Même chose quand nous roulons en voiture, et que nous rencontrons tout à coup des bénévoles avec des outils de fortune pour déblayer un terrain. C’est très bizarre d’ailleurs, parce que nous avons énormément travaillé avant de partir, repéré toute l’histoire des villes, j’avais lu beaucoup de choses (comme « Ouragan », le livre de Laurent Gaudé sur Katrina)… J’étais tellement imprégnée que j’ai finalement tout oublié sur place. Je m’en suis dégagée pour faire autre chose.

Barack Obama revient souvent dans les conversations, mais ce documentaire pourrait exister sans lui…

Au montage, je n’ai fait que suivre ce qui s’était réellement passé. Vous avez remarqué que la campagne électorale et Barack Obama sont complètement absents de Baltimore et Washington ? Je n’ai rien provoqué. Les personnes que nous avons rencontrées dans ces deux villes sont complètement déconnectés de la politique, de la campagne et des candidats. Dans la première partie, je n’ai pas non plus cherché la politique à tout prix.

Vous posez la question tout de même…

Oui mais, encore une fois, c’était très naturel. Nous arrivons dans la maison de Trudy, et elle nous reçoit avec un tee-shirt de Barack Obama ! Cinq minutes auparavant, elles ne sait pas que nous allons venir chez elle – et nous non plus d’ailleurs. On nous a conseillé d’aller la voir sur place. On rencontre son fils sur les marches de la maison, etc.  Ça s’est vraiment passé comme ça.

Et je n’interroge pas tout le monde sur Barack Obama. Je ne voulais pas construire la même interview avec chaque personne. Quand je pose cette question au premier personnage que nous rencontrons, il me répond en allant chercher son tee-shirt. Nous n’avons pas posé cette question à Trudy, et elle avait un tee-shirt à l’effigie du président américain. Ce n’est quand même pas rien ! Même chose pour d’autres personnes que nous rencontrons. Lors de la scène du barbecue, quand nous demandons aux filles si elles s’intéressent à la politique, la discussion part toute seule. A Baltimore, à Washington, il n’y avait personne pour parler de politique. Et pourtant Washington est quand même la capitale politique du pays.

Finalement, au delà du propos du documentaire, c’est aussi un film sur la manière de faire un film. Vous affichez le processus qui mène à telle découverte, telle situation…

Tant mieux, mais j’ai agi exactement comme je l’aurais fait sans caméra. Quand un homme me dit : « Vous voyez là-bas, ce sont les marches de ma maison avant Katrina », mon réflexe est de dire : « Quoi ?! C’est tout ce qu’il reste de la maison ? ». Naturellement, on a envie de s’approcher, avec ou sans caméra. Même chose pour les scènes dans lesquelles je prends des photos : je ne sais pas que Grégoire me filme. A aucun moment, il ne me dit de prendre une photo.

Grégoire Deniau à la caméra – © Stéphane Dubun

Est-ce que vous aviez une ou des références de documentaire en tête avant de faire ce film ?

Surtout pas ! Sinon, on se trompe à tous les coups… Juste avant de tourner, j’avais vu le film de Gaël Leblanc sur Usain Bolt. Un film qu’il a mis deux ans à faire et, avouns-le, qui est extrêmement bien fait. Je pourrais avoir honte de ce que j’ai réalisé, mais j’aime bien mon film. J’y suis attachée, et je veux le défendre parce qu’il existe, certainement imparfait, mais il existe. Ça n’a pas été facile tous les jours, et je ne pense pas que ce soit un documentaire prétentieux. Il est artisanal, voilà. Ça se voit, non ? J’en suis contente et fière.

Et si c’était à refaire ?…

Je referai exactement la même chose ; je n’ai aucun regret, aucune frustration. Bien sûr, j’aurais aimé en faire davantage avec tel ou tel personnage, mais nous n’avions que trois semaines pour tourner un 110 minutes – ce qui n’est pas énorme – en travaillant nuit et jour…

Est-ce que cette expérience a fait naître d’autres envies documentaires ?

Quelqu’un m’avait dit que j’allais ensuite avoir une idée à tous les coins de rue, et c’est un peu le cas ! J’aimerais bien faire encore un ou deux documentaires sous cette forme, de manière artisanale avec Grégoire Deniau et Stéphane Dubun, avec les mêmes moyens, puis faire autre chose où je n’apparaîtrai pas du tout à l’image. Quelque chose où je ne ferai qu’écrire et réaliser.

A la fin du film, quand on revoit les personnages que nous avons rencontrés tout au long de vos pérégrinations, on les trouve attachants. Ils sont devenus des personnages de cinéma…

C’était un peu l’idée que j’avais en tête. Je me suis finalement rendue compte à quel point je m’étais moi-même attachée à ces personnages – sans vouloir tomber dans le truc très démago de dire « mes personnages ».

C’est drôle d’ailleurs, parce qu’il y a tout un vocabulaire autour du documentaire avec lequel je ne suis pas à l’aise. C’est vrai que c’est un film documentaire, mais j’ai du mal à m’avouer que c’est un film. En fait, je n’arrive pas à me mettre dans la peau de Scorsese !…

Comment le qualifiez-vous alors ?

« C’est un documentaire » ! Je n’arrive pas à dire « film »… Et quand on m’interroge sur mes « personnages », je n’arrive pas encore à les considérer comme tels. Pour moi, ce sont des personnes. J’ai vraiment abordé l’exercice avec beaucoup d’humilité et, avec ce film, j’ai trouvé une forme d’expression, et d’épanouissement journalistique différente.

Propos recueillis par Cédric Mal