Webdoc : rendez-vous avec Antoine Viviani

Posted on 13 août 2012 par

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Nouvelle rencontre entre Le Blog documentaire et Antoine Viviani. Avec In Situ, le jeune homme est entré de plain-pied parmi les défricheurs que nous suivons de près. Depuis, il donne toujours l’impression d’avoir un train d’avance sur la création, de donner au « genre » webdoc une certaine noblesse. Tentative de rattrapage, autour d’un café.

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Bien sûr, si on lui dit que son avis fait, ne serait-ce qu’un peu, autorité dans le domaine naissant du webdoc, Antoine Viviani refuse presque l’hommage. Sa modestie s’acoquine très bien du caractère déterminé que l’on devine derrière chacune de ses phrases. In Situ, nous en parlions avec lui il y a quelques mois, il l’avait réalisé et produit, par le biais de Providences, sa propre société. Une structure, « un outil dont chaque réalisateur devrait se doter pour donner une assise à ses projets », explique t-il en préambule de notre discussion. Laquelle discussion se déroulera du tac au tac pendant une heure, avec la sensation rare, à la fin, d’avoir découvert un champ des possibles.

Car Antoine Viviani serait, d’un point de vue marketing, le mauvais génie du webdoc : rien ne l’insupporte autant que de voir le terme sanctuarisé, formaté, déjà soumis aux restrictions d’un carcan. Du reste, le terme reste pour lui « pas très heureux » : quelque soit le format ou l’outil, l’impératif reste « d’expérimenter ». La noblesse qu’on lui prête, il ne la revendique pas, même si avec un peu de recul, cette vision en apparence évidente devient de plus en plus précieuse, à force d’être rare.

« J’entends parfois « je fais un webdoc, donc ça doit être délinéarisé », et je ne comprends pas : je ne vois pas le lien automatique entre les deux. La délinéarisation est un parti pris hyper fort, qu’il faut pouvoir assumer, ça n’est en rien un pré-requis ».

Réfléchir sur le faire autant que sur le contenu : une exigence, qui se lisait déjà dans In Situ, par sa volonté de chercher à utiliser le format long sur Internet (le film dure 90 minutes), à constituer une œuvre à part entière, là où la majorité s’extasie pour le délinéarisé et l’interactif. Cette recherche avait séduit jusque dans le sanctuaire de la création, à ARTE, par le biais de Joël Ronez. Pas mal pour un premier webdoc…

Sans théoriser, un esprit de chercheur anime Antoine. Une recherche sur un sujet vertigineux qui semble même le dépasser. C’est le cas du projet sur lequel il travaille activement depuis quelques semaines. La discussion épouse rapidement ces rivages, stimulants, de la création, de l’expérimentation. Impossible cependant de dévoiler ce sur quoi il travaille précisément, à l’heure où Providences s’installe quai de Jemmapes, à Paris, à deux pas de notre point de rendez-vous. Car la discrétion ne tient pas uniquement à une volonté de tenir le secret, mais permet aussi de maintenir intact le régime d’expérience du futur webdoc. C’est tout juste si l’on peut filtrer du off ; ses interlocuteurs sont parmi ceux qui donnent, à chaque nouveau projet, un coup de pied créatif et esthétique dans la fourmilière web, et qu’ils travaillent sur des webdocs d’ampleur, où la forme doit nécessairement résonner avec le fond…

Il faudra donc attendre encore un peu avant d’en parler… Et pour rebondir, nous évoquons l’agenda de plus en plus rempli d’Antoine. Entre formations dispensées, présidence de jury et tour du monde d’In Situ, le jeune homme tient un emploi du temps de ministre. Car In Situ continue son périple sur les routes des festivals : l’Australie dernièrement ou encore la Suisse, où le projet a été présenté et visionné dans le cadre d’un panel « Documentaire et Nouveaux Médias » au festival Visions du Réel de Nyon. Au FIPA en janvier, Antoine Viviani vivait le festival de l’intérieur, quelques mois après avoir vu In Situ primé à l’IDFA d’Amsterdam, au nez et à la barbe de Code Barre notamment. Il confie une relative déception sur les projets présentés lors de la compétition : cette histoire de formatage du webdoc revient sur le tapis. Nous tombons d’accord sur le fait qu’il faudrait peut-être ne pas mettre sur le même plan tous les projets labellisés « webdoc ». Car certains, d’inspiration journalistique, semblent associer le diminutif doc à document, alors que le documentaire, lui, « renvoie davantage à l’imaginaire, parfois à la fiction, en tout cas au domaine de la création ».

Cette heure passée en sa compagnie touche à sa fin ; et la question se pose, bien sûr, de savoir de quoi cet article sera fait. Car de scoop ou de révélation, il n’y eut point – sensation est d’avoir vu un homme au travail, un réalisateur qui, avec la matière qu’il a réunie autour de lui, tente d’imaginer une narration comme on se fraie un chemin neuf. Sur sa méthode de travail, lui qui s’est entouré d’une directrice de production (son souhait de ne plus concilier réalisation et production sur un même projet est exaucé !) et d’un auteur/scénariste versé dans les romans d’anticipation, il s’enthousiasme : « on part dans des discussions philosophiques, ça va loin, on sent qu’on essaie de comprendre quelque chose qui nous dépasse, qui nous fait flipper aussi, mais vers quoi nous allons tous ». Son regard s’éclaire,  le mien aussi : je sais que, dans quelques mois, derrière l’homme Viviani, se dressera une œuvre qui contribuera à repousser de nouveau les limites narratives de la création sur le web. Vivement bientôt, donc !…


Nicolas Bole

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