Documentaires en salles et festivals (janvier 2012)

Posted on 6 janvier 2012 par

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En salles, ce mois-ci… Ça commence en douceur, et ça s’accélère très vite. Avec un rendez-vous très attendu le 18 janvier : le nouveau film de Rithy Panh, Duch, le maître des forges de l’enfer. Le documentaire présente d’ailleurs cette particularité d’être d’abord diffusé sur France 3 le 9 janvier à 23h. L’œuvre est accompagnée d’un livre, L’Elimination, co-écrit par Rithy Panh et Christophe Bataille, paru aux éditions Grasset.

Parmi les autres sorties du mois, on notera un portrait de HPG, plusieurs documents sur les révolutions arabes (inégaux en termes d’inventivité), et une critique virulente des « nouveaux chiens de garde ».

Enfin, si vous avez aimé Buena Vista Social Club (Win Wenders, 1999), sachez que vous adorerez El Gusto !

Bons films !

Il n'y a pas de rapport sexuel - © Capricci

Les sorties en salles

Le 4 janvier

Freakonomics, de Heidi Ewing, Alex Gibney, Seth Gordon, Rachel Grady, Eugene Jarecki.

Une compilation de 6 court-métrages, réalisés par 6 auteurs, 6 scénaristes et 6 producteurs différents. Le tout se veut l’adaptation du best-seller aux Etats-Unis, Freakonomics: A Rogue Economist Explores the Hidden Side of Everything, écrit par Steven Levitt et Stephen Dubner (4 millions d’exemplaires, traduits en 35 langues). Il s’agit d’une dénonciation de certains mouvements socio-économiques. Est-ce que le prénom de votre enfant aura une incidence sur votre vie ? Comment truquer les résultats d’un combat de sumo ? sont autant de questions posées dans ce documentaire d’une facture très souvent très classique.


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Africa. Le sang et la beauté, de Serge Yastreb et Anastasia.

Autre film formellement académique, ce voyage à la découverte des peuples autochtones africains se veut avant tout très didactique. Il dépeint des modes de vie, des croyances ou des traditions menacés par la cadence occidentale du monde. L’auteur, au parcours très varié, a notamment été chargé de la communication de Boris Elstine. Il entend avec ce film faire oeuvre de pédagogie en Europe de l’Est où, paraît-il, la cause des premières cultures d’Afrique n’intéresse guère.


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Le 11 janvier

Il n’y a pas de rapport sexuel, de Raphaël Siboni.

On est ici loin du cinématographiquement correct. Le film de Raphaël Siboni dresse le portrait de HPG, acteur, réalisateur et producteur d’œuvres pornographiques. Composé à partir des dizaines de milliers d’heures de making of amassées pendant plus de 10 ans, ce documentaire interroge la mise en scène pornograhique et la manière dont son personnage principal s’auto-met en scène en marge de ses tournages. « C’est comme si la mise en abîme avait pour lui une fonction ‘rédemptrice’, qui permettrait de sortir de la pornographie par la pornographie », indique le réalisateur, qui signe ici son premier film. Le documentaire est interdit aux moins de 18 ans.


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Le projet Nim, de James Marsh.

Promu dans la présélection des Oscars et primé à Sundance, le film de James Marsh (habitué des Oscars pour y avoir été distingué en 2009 pour Le Funambule) revient sur une expérience qui interroge la frontière entre l’humanité et l’animalité. En 1973, un chimpanzé est placé dans une « famille d’accueil », à titre expérimental. Il s’agissait d’observer de quelle manière le primate allait pouvoir acquérir le langage (des signes). Le résultat a dépassé toutes les attentes : le singe lit, fume, regarde la télévision… jusqu’aux premiers signes d’agressivité. Aux termes de l’expérience, l’animal ne parviendra pas à rejoindre ses congénères. Le film s’appuie notamment sur une quantité impressionante d’archives.


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Les nouveaux chiens de garde, de Gilles Balbastre, Yannick Kergoat.

Haro sur le journalisme médiatique. Ce film, à charge, s’élève contre ceux qui travaillent quotidiennement dans les médias à la préservation de l’ordre établi. Editorialistes vedettes, chroniqueurs multi-médias, experts adoubés… ils délivrent la même idéologie au temps de cerveau encore disponible des téléspectateurs. C’est aussi la collusion des sphères médiatiques, politiques et économiques qui est dénoncé ici, à la suite des travaux de Serge Halimi. « Journalisme de connivence », influence des grands groupes industriels, « marchandisation de l’information » et « univers de connivence », le documentaire ne brasse rien de nouveau et reste démonstratif. C’est l’écueil du genre.


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El gusto, de Safinez Bousbia.

Les plus pressés vous diront qu’il s’agit là d’un « Buena Vista Social Club » à la sauce algérienne. Sauf que l’histoire, la démarche, et le point de vue diffèrent. Safinez Bousbia nous plonge dans l’univers du chââbi, cette musique aux influences berbère, andalouse et religieuse née à Alger dans les années 20. La guerre a divisé les disciples du maître, El Anka. 50 ans après, la réalisatrice tente de reconstituer le groupe éparpillé des deux côtés de la Méditerranée. L’aventure humaine, et musicale, est entêtante. La caméra parfois « aérienne » renforce le pouvoir d’envoutement du film. On regrettera cependant quelques lourdeurs, notamment la voix off.


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Himalaya terre des femmes, de Marianne Chaud.

Regard subjectif sur quatre générations de femmes au coeur de l’Himalaya. L’ethnologue Marianne Chaud a vécu plusieurs mois dans un village du Nord de l’Inde, à 4.000 mètres d’altitude au milieu d’une petite centaine d’habitants. Là-bas, les hivers sont très longs, et les étés furtifs. Peu de temps, donc, pour travailler la terre et amasser les récoltes nécessaires pour passer la période la plus froide de l’année. Et ce sont majoritairement les femmes, de tous âges, qui se chargent de ce dur labeur, pressées par des journées qui raccourcissent inexorablement.


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Le 18 janvier

Duch, le maître des forges de l’enfer, de Rithy Panh.

C’est à nos yeux le film événement de ce mois de janvier (sur lequel nous reviendrons en détail). Rithy Panh fait son retour sur la scène documentaire par cette froide et effroyable confrontation avec Kaing Guek Eav. Celui qui veut toujours se faire appeler « Duch » a été un haut dirigeant Khmer, responsable du centre d’extermination S21 où, officiellement, 21.380 personnes ont trouvé la mort. Premier représentant des Khmers rouges à être jugé, il a été condamné à 35 ans de prison, mais a fait appel. Dans l’attente de ce second procès, il a accepté de témoigner devant Rithy Panh (lui-même contraint à l’exil en 1979 à cause de la dictature). Le tortionnaire explique : « Je vais vous en dire plus que vous n’aimeriez en savoir, je ferai de vous les témoins attentifs, et impuissants, de ce qui s’y passait [à S 21], je ne vous épargnerai rien, pas même les détails ». 
Le cinéaste cambodgien a recueilli près de 300 heures de rushs. Le document est unique, le film est d’une puissance rare. A voir bien sûr en regard de l’un des chefs d’oeuvres de Rithy Panh, S 21, la machine de mort khmère rouge (2001).


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Le printemps de Téhéran – l’histoire d’une révolution 2.0, de Ali Samadi Ahadi.

Retour ici sur la « vague verte » qui a fait vaciller le régime iranien en juin 2009, peu après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la tête du pays. Les partisans de l’opposant Mir-Hossein Mousavi – au premier rangs desquels les étudiants – manifestent leur désir de changement et leur appétit de démocratie. La répression sera d’une violence à la mesure de l’enthousiasme des insoumis. Le film du réalisateur iranien réfugié en Allemagne est composé à partir des vidéos récoltées sur les réseaux sociaux. Des centaines de témoignages ont également été amassés sur les blogs contestataires et sont ici reproduits dans une forme animée au travers de deux personnages fictifs qui agissent comme les porte-paroles d’une jeunesse révoltée.


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Le 25 janvier

Tahir, place de la révolution, de Stefano Savona.

Autre film né des contestations populaires dans le monde arabe, le documentaire de Stefano Savona a été tourné au Caire en février 2011. Cette chronique d’une révolution en train de se faire se focalise sur la place où tout a commencé. La caméra du cinéaste a fait corps avec la foule pendant 18 jours, inventant avec elle les moyens de la résistance. Sur la place de la libération, on crie, on débat, on fourbit ses armes, on panse les plaies. Et on y vit. Un contre-point aux images fulgurantes des actualités télévisées, réalisée en moins de 6 mois.


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Hors des sentiers battus, de Dieter Auner.

C’est un beau film qui nous emmène aux confins de la Transylvanie, en Roumanie. Le réalisateur dépeint l’existence quotidienne d’une famille de bergers, celle d’Albin Creta, dont le mode de vie n’a pas beaucoup bougé depuis bien longtemps. Mais aujourd’hui, les choses bougent un peu sous la pression de « l’harmonisation européenne ». Une culture traditionnelle se confronte alors aux dogmes de la compétitivité. L’émigration, abordée de biais, est un des aurres problèmes du village. Le film, dénué des béquilles de la voix off et de l’interview, a demandé 4 ans de travail.


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Le coin des festivals

FRANCE

– Le Festival Maghreb si loin si proche, c’est entre Argeles-sur-Mer et Cabestany entre le 13 et le 29 janvier.

– Le festival du Film court francophone Un point c’est tout se tient à Vaulx-en-Velin du 14 au 21 janvier.

– Le Festival Premiers Plans  se déroule à Angers du 20 au 29 janvier.

– Le Festival du film (très) indépendant Les Inattendus, c’est à Lyon du 20 au 28 janvier.

– Le FIPA 2012, Festival International des Programmes Audiovisuels, se tient à Biarritz du 23 au 29 janvier.

– Le Festival Drôles d’endroit pour des rencontres, c’est au cinéma Les Alizés de Bron du 26 au 30 janvier. 

– Le 34e Festival et 27e Marché international du court métrage se tient à Clermont-Ferrand du 27 janvier au 4 février.

A noter aussi que le Salon des professionnels du film se tient les 17 et 18 janvier au Palais des Congrès de Paris.

AILLEURS

– Le Festival de Sundance se tient à Park City, aux Etats-Unis, du 19 au 29 janvier.

– Le Festival du film documentaire Docpoint se déroule à Helsinki du 24 au 29 janvier.

-Le Festival international du film de Rotterdam, c’est aux Pays-Bas du 25 janvier au 5 février.

– Le Festival international du film de Göteborg, c’est en Suède du 27 janvier au 6 février.

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