Documentaires en salles et festivals (octobre 2011 – 1/2)

Posted on 30 septembre 2011 par

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En salles, ce mois-ci… Une première quinzaine très riche, avec le retour de Frederick Wiseman au Crazy Horse, et celui d’Alejandra Sánchez face à l’ahurissant silence de prêtres pédophiles au Mexique. Au menu également :  cuisine moléculaire, révolution tunisienne et exubérance cycliste… Bons films !

Cloud Rock La Belle - en salles le 12 octobre.

Le 5 octobre

Crazy Horse, de Frederick Wiseman.

Inutile de dire que tout nouveau film de Frederick Wiseman est particulièrement attendu en salles. Celui-ci davantage peut-être que les précédents (Boxing Gym, La Danse) puisque le cinéaste américain a cette fois investi un haut lieu de la nuit parisienne : le Crazy Horse.
Si les coulisses du cabaret ont largement déjà été déflorées par les caméras de télévision, le regard de Wiseman fait ici toute la différence. Pour son 39e film, il s’est d’ailleurs mis à la HD pour se fondre pendant 11 semaines dans le cabaret au moment même où le chorégraphe Philippe Découfflé tentait de dépoussiérer la célèbre revue avec le spectacle « Désir ».

Avec sa retenue et sa discrétion habituelles, le réalisateur nous plonge pendant plus de 2 heures devant et derrière la scène, aux côtés des danseuses bien sûr, mais aussi du personnel du cabaret parisien et de ses clients. Il explique, sur le site Internet du Crazy Horse : « J’ai tourné ce film pour plusieurs raisons, notamment abstraites : je suis très intéressé par les fantasmes, et ils sont variés dans le monde du Crazy : les fantasmes du public qui vient voir ça, les fantasmes des danseuses acceptant de s’exposer presque nues, les fantasmes des actionnaires qui veulent gagner de l’argent, ceux du metteur en scène qui doit montrer ce qu’est le Désir… Toutes ces questions m’intéressent ».

Le documentaire effleure les questions de la sensualité, de l’érotisme ou de la différence entre la beauté naturelle et la beauté artificielle des femmes. C’est la troisième incursion de Frederick Wiseman dans une institution parisienne après la Comédie Française et le ballet de l’Opéra. La Danse, d’ailleurs,  avait réalisé 130 000 entrées en salles il y a tout juste un an.


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Agnus Dei, de Alejandra Sánchez.

C’est un film nécessaire, si ce n’est indispensable que nous offre Alejandra Sánchez. Avec ce deuxième documentaire après Bajo Juarez, la ville dévorant ses filles, la jeune réalisatrice mexicaine s’est attaqué au mur de silence derrière lequel s’abrite l’Eglise catholique quand il s’agit d’évoquer les actes pédophiles qu’auraient commis certains prêtres sur de jeunes enfants. Ici, nous suivons le courageux combat que mène Jésus, aujourd’hui âgé d’une vingtaine d’années.
Ce jeune homme a été la fierté de ses parents – sa mère surtout – lorsque, plus jeune, il est devenu enfant de chœur. Protégé par le prête Carlos López Valdés, il était convié au domicile de l’ecclésiastique, jusque dans son lit. Jésus croit à un cauchemar lorsque le curé se livre aux premiers attouchements sexuels. La situation reste longtemps indémaillable pour le jeune homme incrédule partagé entre la peur de dire et l’amour qu’il portait à son protecteur.

Alejandra Sánchez suit la quête de Jésus qui veut absolument revoir son agresseur pour comprendre, et passer à autre chose. Le film alterne les séquences de ses édifiantes confessions avec des scènes pendant lesquelles des élèves prêtres sont sensibilisés à la (non) sexualité dans un séminaire. « Dans ce documentaire, la dénonciation allait de soi, explique la réalisatrice, mais ce que j’ai vraiment voulu creuser c’est ce contraste entre un discours religieux qui sublime la sexualité, comme si elle n’était pas inhérente à l’être humain, et les actes pédophiles de membres de l’Eglise ».
La quête de Jésus aboutira à l’effarante confrontation entre le prêtre pédophile et son ancien enfant de chœur. La très efficace réalisation du film est tendue par l’attente de cette incroyable scène finale. Passer à côté de ce film serait se priver d’une formidable expérience de cinéma, et d’une saisissante histoire humaine.


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Plus jamais peur, de Mourad Ben Cheikh.

Après Tahrir et Goodbye Moubarak en Egypte, après Laïcité Inch’Allah déjà en Tunisie, voici donc Plus jamais peur ; un documentaire qui revient sur le mouvement populaire qui a mis un terme au règne de Ben Ali. Mourad Ben Cheikh a tourné son film dans l’urgence de la nécessité avant et après les événements du 14 janvier 2011. Il délivre ici un récit très sincère d’une Révolution qui n’est ni celle du pain, ni celle du Jasmin. Trois personnages récurrents guident le spectateur dans les dédales de Tunis : la militante des droits de l’Homme Radhia Nasraoui, la cyber militante Lina Ben Mhenni et le journaliste indépendant Karem Cherif.

Au-delà des victimes de cette Révolution, ce sont les mots de ceux qui tentent d’imaginer la Tunisie de demain qui permettent de comprendre avec davantage d’acuité quelque chose de l’intimité d’un peuple. Sur Tunis tribune, le cinéaste explique : « Pendant longtemps, ma rage était muette, mon regard incapable de s’émouvoir, pourtant cette journée du 14 janvier m’a offert de vives émotions, j’en ai pleuré (…) Cette révolution est celle du dévouement d’un peuple. Plus jamais on n’aura peur pour cette Tunisie nouvelle ! ». Ce documentaire a été présenté au Festival de Cannes en 2011 (section Un certain regard). Une première depuis 11 ans pour une œuvre tunisienne. Ça aussi, c’est une révolution…

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Le 12 octobre

Born to be wild 3D, de David Lickley.

Une fois n’est pas coutume, ce documentaire conviendra aux enfants ! Le réalisateur s’appuie sur la voix de conteur de Morgan Freeman pour nous faire découvrir deux admirables initiatives, à Bornéo et au Kenya. Celles de Daphne Sheldrick et de Birute Galdikas. Toutes d’eux s’occupent d’animaux sauvages orphelins. La première soigne des éléphanteaux ; la seconde des Orangs-outans. Il s’agit de remettre sur pied ces jeunes mammifères, tant physiquement que psychologiquement.

Le film, essentiellement tourné en Imax, est présenté en 3D. Les images sont sublimes, et les animaux se révèlent être des personnages de cinéma facétieux et attendrissants. Ce documentaire, en dépeignant ainsi les singes et les éléphants, rend un hommage appuyé à l’indispensable travail des dizaines de personnes qui en prennent soin.

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El Bulli – Cooking in Progress, de Gereon Wetzel.

3 ans de travail et 15 mois de tournage ont été nécessaires à l’équipe du film pour tenter d’approcher les mystères de la cuisine la plus réputée du monde. Nous sommes en Espagne, à El Bulli, le restaurant trois étoiles de Ferran Adrià, le pape de la cuisine moléculaire. 50 couverts par jour, 2 millions de personnes sur liste d’attente, et pas de réservation de dernière minute possible. L’établissement est fermé la moitié de l’année – le temps pour les cuisiniers de créer, d’innover et de concocter la carte de la saison à venir. Phénomène « bizarre et fascinant« , pour la scénariste du film, au terme duquel le restaurant se prive de la moitié de ses recettes annuelles. Le prix à payer pour atteindre une certaine forme d’excellence gastronomique pour des plats très « technico-conceptuels ».

Si le film de Gereon Wetzel se concentre en cuisine, il privilégie le temps des recherches de Ferran Adrià dans son atelier ; là où, épaulé par plusieurs dizaines de personnes – dont Oriol Castro et Eduard Xatruch – il mène un travail extrêmement méticuleux. Toutes les exubérances sont encouragées, et tout est scientifiquement enregistré. 5 à 6 plats servent de fil rouge à un film qui n’a pas voulu se cantonner aux aspects les plus évidents des inventions culinaires. Gereon Wetzel explique : « Nous nous sommes focalisés sur le processus concret, et pourtant très imprévisible de la création« . Son documentaire donne bien sûr l’eau à la bouche, mais c’est aussi une pièce d’histoire : le restaurant a définitivement fermé ses portes le 30 juillet 2011 pour se métamorphoser en fondation dont l’éventuelle ouverture au public n’est pas prévue avant 2014.

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Cloud rock, mon père, de Kaleo La Belle.

Eloge de la liberté, ou de l’inconscience – c’est selon… C’est en tout cas à un long road-trip en vélo dans le Nord-ouest américain auquel nous convie Kaleo la Belle (interview ici), venu (re)découvrir son père qu’il n’a pas vu depuis plus de 30 ans. Cloud Rock, c’est son prénom, continue de vivre selon les préceptes hippies qu’il n’a jamais abandonnés depuis les années 70, et sans se soucier de son fils devenu réalisateur. Il a toujours eu plusieurs passions : la drogue, le vélo… et peut-être lui-même.

Charmant, excentrique, anarchiste par ici mais très conservateur par là, nous sommes en face d’un personnage captivant, parce que pétri de contradictions. C’est pour tenter de les comprendre que Kaleo la Belle – initialement baptisé « Ganja » ! – a entrepris cette démarche en direction de son père. Les deux hommes nous emmènent dans une passionnante randonnée où il est question de paternité, de responsabilités ou de générosité. Leur relation interroge aussi l’héritage du mouvement hippy, et l’ultra-individualisme de certains de ses rejetons.

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Bons films !

C. M.

Le coin des festivals…


– FRANCE –

– Les Rencontres du cinéma documentaire de Montreuil se tiennent au cinéma Le Méliès du 7 au 16 octobre.

– Les 14e Rendez-vous de l’Histoire de Blois se déroulent du 13 au 16 octobre.

–  Le Festival du film documentaire « Echos d’ici, échos d’ailleurs – sur les pas de Christophe de Ponfilly« , c’est du 14 au 16 octobre à Labastide-Rouairoux, dans le Tarn.

– AILLEURS –

– Le 17e Festival de films gays, lesbiens, trans &+++ Chéries Chérie, c’est à Paris du 7 au 17 octobre.

-Le 27e Forum international médias nord sud se tient à Genève du 10 au 14 octobre.

– Le 54e Festival international DOK Leipzig se déroule du 17 au 23 octobre en en Allemagne.

– Le 9e festival de cinéma documentaire Doclisboa, du 20 au 30 octobre à Lisbonne.

– Le Festival international du film documentaire de Jihlava, c’est en République Tchèque du 25 au 30 octobre .

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